Lundi 6 juillet 2009


Les Grands Evénements Sportifs sont des vieilles dames. Elles avancent, à tour de rôle, dans le calendrier annuel et s’installent, à leur rythme intraitable, sans qu’on ose les bousculer. Quand on les voit prendre leurs aises en centenaires vénérables, on en oublierait presque qu’elles ont été, un jour, des jeunes filles. Mais les traditions aussi ont été inventées.

 

Dans son livre fameux, L’invention de la tradition, l’historien britannique Eric Hobsbawn analyse ainsi les différents rituels (au premier rang desquels les célébrations sportives) que les sociétés industrielles ont instaurés, au cours du XIX° siècle, pour assurer la cohésion des nouvelles communautés urbaines. Au cœur de ses travaux, l’Angleterre occupe une place centrale non par nationalisme étriqué mais car c’est bien, de facto, outre-manche que football, tennis et rugby ont connu leurs premières réglementations et leurs premiers championnats. La France ne précède sa voisine insulaire que dans un seul domaine : le vélo.

 

Aujourd’hui, dimanche 5 juillet, comme chaque année, deux vieilles dames se sont marchées sur les pieds : Wimbledon et le Tour de France. Et l’on doit avouer qu’il fut difficile de sacrifier la finale historique de Roger Federer, son entrée définitive dans la légende, pour suivre une première étape de 187 kilomètres dont il était à peu près certain qu’elle allait se régler, dans la dernière ligne droite, au cours d’un sprint massif. Disons qu’on eut ainsi tout le temps de méditer sur les mérites comparés des différentes traditions nationales. Pour arriver à une conclusion.

 

Sans doute faut-il une société de classes, telle que l’Angleterre, pour inventer et maintenir sur des terrains séparés, à la fois le modèle achevé du sport collectif (le football) et celui du sport individuel (le tennis). La France, vieux pays politique, ne pouvait, pour sa part, que s’identifier à une épreuve où la question centrale était précisément celle du rapport conflictuel, irrésolu, entre l’individu (le coureur échappé) et le collectif (le peloton). Ce dimanche, une échappée de quatre coureurs (Jussi Veikkanen, Stef Clement, Stéphane Augé et Cyril Dessel) est partie au kilomètre 12 et a été finalement rattrapée à 10 kilomètres de la ligne d’arrivée. Demain, le drame national reprend la route.   

BdP

 
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